mercredi 6 décembre 2017

Le changement continu dans les plates-formes e-Learning

Le changement continu est le destin de tout logiciel. L'ajout de nouvelles fonctionnalités, la mise à jour des anciennes fonctionnalités et la correction des bugs sont parmi plusieurs autres raisons qui rend la publication d'une nouvelle version du logiciel obligatoire. Et  les plates-formes e-Learning ?

Les plates-formes e-learning sont définies comme l'implémentation logiciel (dimension technique) des conceptions e-Learning. Comme tout autre logiciel, des mises à jour et des nouvelles versions doivent être préparées et publiées périodiquement. Autrement, la plate-forme perdra progressivement sa part et ses utilisateurs, pour, enfin, mourir.

Préparer une nouvelle version d'une plate-forme e-Learning vise principalement l'une des trois raisons suivantes (selon mes observations sur la plate-forme Moodle que j'utilise - voir ressources) :

1. Les besoins techniques

L'architecture de la plate-forme peut être la cause principale pour une mise à jour majeure de la plate-forme (passer d'une version à une autre, perte de compatibilité des composants de base, l'impossibilité de mettre à niveau et l'obligation de la réinstallation).

Moodle, par exemple, se déclare comme une plate-forme modulaire qui permet aux différents développeurs de développer leurs propres blocks et modules. Par conséquence, si l'ancien système modulaire arrive à sa fin, un nouveau système est préparé; la compatibilité entre les deux n'est pas garantie.

De manière générale, ajouter de nouveaux composants techniques ou permettre le support de nouvelles propositions architecturale restera toujours parmi les causes principales d'une mise à jour majeure de la plate-forme. Tant que le web avance, les plates-formes e-Learning continueront à intégrer ses nouvelles technologies.

2. Supporter les normes

Un autre besoin en e-Learning est le support des différentes normes proposées dans le domaine. Ces normes assurent l'interopérabilité entre les plates-formes et la réutilisabilité des ressources pédagogiques.

Il est naturelle de voir le lancement d'une plate-forme sans un support des normes, mais, en intégrant un éditeur local et un format de sauvegarde local des ressources pédagogiques. Mais, la plate-forme doit prendre en compte ces normes à fur et à mesure. Ainsi, des extensions peuvent être envisagées pour atteindre cet objectif.

Généralement, ces extensions et ces enrichissements ne sont pas appliqués sur le noyau de la plate-forme. Ils sont présentés comme des options additionnelles et des outils supplémentaires que l'enseignant peut invoquer ou pas. Les cours de la plate-forme elle-même bénéficieront d'un outil d'exportation qui les sauvegarde sous le format adopté par la norme mais en il les garde toujours sous le format local. Ainsi, ce type de mise à jour garantit la compatibilité et reste optionnel (d'un point de vue technique).

3. Implémenter des besoins spécialisés

La plate-forme ne doit, en aucun cas, limiter les enseignants dans leurs choix pédagogiques. L'enseignant doit pouvoir trouver les outils nécessaires pour implémenter ses visions et ses scénarios pédagogiques. Autrement, la plate-forme devient un obstacle et non pas un outil pour l'opération d'enseignement.

Dans quelques spécialités, les ressources traditionnelles et les formats largement utilisés ne sont pas suffisants pour implémenter les scénarios pédagogiques et les démonstrations effectués dans la formation en présentiel (face à face). Ainsi, la plate-forme sous sa forme standard ne peut pas supporter ces formations.

Pour corriger ce problème, des composants personnalisés et des extensions sur mesure peuvent être ajoutés à la plate-forme pour la rendre capable de supporter ces formations spécialisées. Il est aussi possible d'adapter une version d'une manière plus approfondie en effectuant des modifications qui peuvent aller jusqu'au noyau de la plate-forme.

Ces types de mises à jour ne sont pas, généralement, destinés pour tous les utilisateurs de la plate-forme mais pour une partie seulement. Si ils ne sont pas proposés comme des modules additionnels (et optionnels), ils peuvent être source d'incompatibilité avec la version standard. Néanmoins, le gain sur le plan pédagogique (besoin fonctionnel essentiel de la plate-forme) est le plan important que la perte d'incompatibilité (besoin technique). Ces types de mises à jour sont des fois préparés par des tiers et non pas par la fondation ou l'entreprise qui supporte la version standard.

4. La suppression ?

A ma connaissance, la suppression de fonctionnalités n'est pas très fréquentes dans les plates-formes e-Learning. En effet, le travail continue toujours sur les composants de base pour offrir plus d'options et plus de fonctionnalités. Ces composants sont utilisés comme des briques de base pour construire des composants plus complexes et pour réaliser une formation qui respecte telle ou telle approche pédagogique.

Par exemple, l'approche socio-constructive nécessite deux éléments essentiels :
  • Donner à l'apprenant la possibilité de faire ses propres recherches et expérimentations,
  • Faire cela dans un travail de groupe.
Sur le plan technique, les outils de communication (forum, chat, messagerie), des outils d'édition collaborative et des outils de recherche documentaire et bibliographique sont tous nécessaires pour supporter une seule formation de type socio-constructif. Ainsi, supprimer l'une de ces fonctionnalités de base ou l'arrêt de son support technique peut influencer toutes les formations bâties sur cette fonctionnalité.

Pire encore, les plates-formes ne proposent pas des composants complexes du niveau des approches pédagogiques. C'est à l'enseignant de construire, presque sans assistance remarquable, son cours en respectant l'approche pédagogique adéquate, partie par partie, en effectuant ses choix à partir des différents outils de base offerts par la plate-forme.

Les plates-formes e-Learning sont des solutions logiciel et respecteront toujours les principes imposés par ce domaine. Elles doivent toujours progresser pour supporter les nouvelles technologies du web et pour satisfaire les différentes visions pédagogiques. Elles ont, encore, un long chemin à parcourir pour pouvoir garantir un enseignement proche de l'enseignement en présentiel (face à face).

Ressources

Exemple des améliorations apportées dans une nouvelle version (l'arrivée de la version 3.0)

Les problèmes de mise à niveau (upgrade)

mardi 5 décembre 2017

Les limites du Web Sémantique en e-Learning

L'objectif principal du Web Sémantique est de permettre aux machines de comprendre le web (très simplifier). Pour atteindre cet objectif, il tente de structurer le web par ajouter une couche de méta-données qui décrivent les différentes ressources sur Internet. Ces méta-données sont nécessairement structurées et liées. Ainsi, on parle de nouveaux éléments tels que les Concepts, les relations (liens entre ces concepts et le raisonnement en exploitant ces relations). On parle aussi de nouvelles structures pour sauvegarder ces éléments telles que les thésaurus et les ontologies.

Le langage OWL, qui s'inscrit dans cette approche et qui est utilisé pour créer et manipuler des ontologies, nécessite l'utilisation de la relation "is-a" ("est un") pour construire une arborescence de concepts à laquelle il est possible d'ajouter d'autres relations et d'associer des instances à ses concepts. L'outil Protégé 2000 utilisé pour éditer des ontologies OWL offre une interface graphique riche pour permettre d'effectuer ces actions en toute simplicité, comme il intègre un "raisonneur" pour effectuer des raisonnements.

Le Web Sémantique a attiré l'attention des chercheurs en e-Learning depuis ses premiers jours. Donner une dimension sémantique aux ressources permet de les voir d'une manière plus profonde que de simples textes (une succession de caractères). Le principe de structuration était toujours présent dans l'enseignement et, par conséquent, était gardé en e-Learning. Ainsi, les outils de Web Sémantique ont été vite repris pour être utilisés dans un contexte de l'e-Learning. Des dizaines d'approches et de systèmes ont, ainsi, vu le jour.

Néanmoins, le web sémantique présente, à son tour, une limitation. Malgré ce qu'il offre comme outils pour modéliser les connaissances, il reste incapable de modéliser quelques éléments impliqués en e-Learning. A titre d'exemple, il trouve vite ses limites lorsqu'on veut modéliser le profil de l'étudiant (Learner Profile).

Le profil de l'apprenant est l'ensemble des données relatives à l'apprenant sur la plate-forme e-Learning. A part ses données personnelles et ses données d'authentification, son état d'avancement et ses activités réalisées sur la plate-forme sont des éléments essentiels pour son suivi. Ils permettent à l'enseignant d'avoir une visibilité sur les efforts fournis et les progressions réalisées par les différents apprenant. Ils permettent aussi à l'enseignant de repérer les apprenants en difficulté pour intervenir au bon moment.

Le Web Sémantique a donné un certain nombre d'outils qui facilitent modélisation et l'implantation du profil de l'apprenant. L'idée la plus simple (intuitive, qui a connu plusieurs améliorations) est l'utilisation d'une ontologie du domaine qui modélise les concepts à apprendre. Une copie de l'ontologie globale est créée pour chaque apprenant. Cette copie peut être utilisée pour suivre les concepts acquis par l'apprenant; l'apprentissage est supposé terminé si l'apprenant couvre toute l'ontologie.

Cette solution semble très pratique et très logique. Elle nous donne aussi la possibilité de séparer les concepts à acquérir des ressources pédagogiques utilisées, ainsi, nous pouvons donner plus de liberté à l'apprenant concernant les ressources qu'il utilise.

Néanmoins, elle est se limite aux connaissances. Cette limitation peut être généralisée pour toucher l'ensemble des outils Web Sémantique utilisés en e-Learning.

L'apprentissage, selon l'approche béhavioriste, doit laisser son influence sur le comportement de l'apprenant. Pour cette approche, l'apprentissage est défini comme un changement du comportement de l'apprenant par l'acquisition de nouvelles compétences. Cette dernière est plus compliquée que la connaissance. En effet, la compétence peut être vue comme l'enrichissement de la connaissance (elle même enrichissement de l'information) par une dimension comportementale.

Contrairement aux connaissances, les comportements sont dynamiques et évolutifs. Il est très difficile de modéliser le comportement, surtout qu'il implique des actions, des émotions et des points de vue. Ces derniers éléments ne sont pas, 'actuellement, attachés aux ressources pédagogiques qui sont le champs d'utilisation principal du Web Sémantique.

Au stade actuel, le Web Sémantique ne possède pas (et ne vise pas, à la base) des outils suffisants ou capables de supporter la notion du comportement. Par conséquence, il est très difficile de concevoir et de construire un profil de l'apprenant en se basant seulement sur les ontologies et les langages et techniques offerts par le Web Sémantique.

Le e-Learning lorsque le "Learning" souffre

Notre chère université connaît une grève depuis plusieurs jours. Cela n'arrive pas pour la première fois, mais cette fois-ci, cela m'a encouragé pour écrire deux mots sur un problème invisible que connaît e-Learning en algérien. La question que je vais poser aujourd'hui est "Comment faire du e-Learning où le Learning trouve des problèmes ?".

Les problèmes rencontrés par l'université Algérienne sont si nombreux que je ne peux pas les citer dans un seul article. Il sera plus intéressant de parler de l'une des conséquences les plus graves : l'absence totale de la motivation au milieu universitaire. Et là, je ne cite pas seulement les étudiants mais tout le staff de l'université. Chaque partie essaie juste d'accomplir sa mission en conformité avec la lois, sans tenter d'améliorer ou d'innover. On est forcé à devenir de simples "fonctionnaires"; les étudiants, les enseignants et l'administration sont tous là pour appliquer ce que les textes exigent et rien d'autres.

Le phénomène peut être repérer dans la "fausse" présence des étudiants. Les étudiants assistent pour assister, pour éviter la pénalisation des absences. La présence est exigée par la lois et n'est pas résultat d'une motivation ou d'une volonté d'apprentissage. Nous remarquons de plus en plus des étudiants complètement désintéressés, qui passent la séance connectés sur leurs téléphones mobiles.

Côté administration, l'objectif est de marquer "un déroulement normal" des études même si les conditions ne sont pas en faveur de l'apprentissage et même si la différence entre ce qui est fait et ce qui devrait être fait est énorme. Tout ce qui compte c'est le déroulement des séances comme elles ont été planifiées et rien d'autres. Cela peut être observé lors des différentes grèves des étudiants, comme celle des ces jours, où on peut constater une absence presque totale de communication entre les étudiants grévistes et l'administration. Finalement, l'administration vise les points faibles laissées par les étudiants (conflits, mal organisation, etc..) pour résoudre le problème de la grève et non pas les causes de la grève.

Finalement, les enseignants trouvent de plus en plus de mal à faire leur travail. La pression appliquée par les deux autres partenaires (étudiants et administration) augmente et l'enseignant est à cours de solution. Si les étudiants d'écologie, par exemple, n'ont pas un laboratoire pour faire les différentes analyses et pratiquer les différentes techniques, est-ce juste de les juger seulement sur les connaissances théoriques ? Un exemple parmi des milliers observés dans l'université algérienne.

Le résultat est l'absence de la motivation, les conflits internes et la violence verbale et physique. Sur le long terme, les blessures et les complexes psychologiques sont nombreux et facilement observables chez les enseignants et les étudiants de fin cycle.

A tous ces facteurs, l'absence d'une vision future et le doute concernant l'utilité du diplôme viennent s'ajouter pour compliquer plus la situation.

Ainsi, quelle place pour le e-Learning où le Learning lui même souffre ?

Je pense que le travail essentiel à faire est l'accompagnement et de motivation. Vu la disponibilité des contenus numériques (une disponibilité qui permet au moins le lancement), la question qui se pose est une question de motivation et d'engagement; des éléments clés pour l'auto-apprentissage en e-Learning. Meilleur encore, l'accompagnement à distance sur des plates-formes e-Learning peut assister l'université non pas sur le plan enseignement seulement mais sur le plan motivation aussi.

Le e-Learning permet une disponibilité améliorée de l'administration et de l'enseignant et permet de mettre en communication les différents partenaires à l'intérieur et à l'extérieur de l'université. Si elle est bien gérée, la plate-forme peut supporter même des discussions constructives et transparentes. Les forums de discussion, la vidéo-conférence et le chat avec des droits d'accès adaptés peuvent être utilisés pour effectuer des réunions de travail et de discussion entre les différents partenaires (représentants des étudiants, représentants des enseignants et l'administration) en laissant la possibilité aux autres d'assister en toute transparence et d'une manière organisée. Des feedbacks peuvent être récupérés et les suppositions exploitées par une partie ou l'autre peuvent être facilement éliminées.

Elle peut aussi supporter la définition, le suivi et la correction des différents problèmes et manques au niveau de l'université. En effet, le travail collaboratif, la planification des projets et l'édition collaborative des documents sont des outils courants, matures et maîtrisés en e-Learning. Ils peuvent être exploités de plusieurs façons pour supporter la définition du problème par les différentes parties, pour arriver à une définition qui respecte la vision de chaque partie. Ils supportent aussi la planification et la réalisation des résolutions à faire face à chaque problème. Et sur ce niveau aussi, l'accessibilité est garantie pour tout le personnel en toute transparence et des feedbacks constructifs peuvent être récupérés.

Les plates-formes e-Learning peuvent être utilisées pour donner aux dirigeants une meilleure visibilité sur les préférences et les orientations des étudiants et des enseignants. Exploiter les différents feedbacks et ressources de communication pour définir des sondages pour, ensuite, réaliser des études et analyses peuvent être rendu extrêmement simples et avec un coût additionnel négligeable.

J'insiste encore que ces gains peuvent être atteints même si l'établissement ne possède aucunes ressources pédagogiques numériques. C'est à dire, la mis en oeuvre et l'exploitation d'une plate-forme e-Learning peuvent être bénéfique dès son premier jour même si la création d'un contenu pédagogique numérisé adéquat peut prendre du temps. Offrir une formation entièrement à distance peut être envisagé comme un objectif à long terme.

Si l'absence de telles solutions persiste, les différentes parties actives, c'est à dire, les étudiants et les étudiants trouveront d'autres moyens pour combler ce manque de communication. L'utilisation des mailing listes est le moyen préféré des enseignants, tant dit que l'utilisation des groupes fermés de facebook est le moyen principale des étudiants. Si la premier choix est bien contrôlé et mieux géré, le deuxième choix, celui des étudiants, présente de grands risques que les étudiants ne peuvent pas gérer. Nous avons vu dans les dernières années, une manipulation accrue et l'implication des gens en dehors de l'université dans la formation de l'opinion général des étudiants.

Au stade actuel, et dans l'absence d'un texte réglementaire, je ne m'attends (personnellement) de rien de cela. Il est (pratiquement) impossible d'imaginer un plan d'action même simple au sein de nos universités. Néanmoins, des actions similaires peuvent être faites indépendamment de l'université en exploitant les différentes possibilités à faible coût disponibles sur Internet. Malgré que nous ne pouvons pas attendre une influence sur toute l'université, des résultats locaux peuvent être espérés avec le travail continu et le suivi du près des étudiants.